• 06 | 04 | 2020 11:22

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Elevage | Interview : Agnamba Ossara, inventeur de FarmApp : « Avec mon application, on peut suivre les troupeaux »

Licencié en phytotechnie et étudiant en entomologie à Lomé, le jeune Togolais Agnamba Ossara, de la start-up Dashmake, a inventé l’application FarmApp, qui aide à la transhumance et à éviter les conflits.

Qu’est-ce que l’application FarmApp, que vous avez inventée ?

Agnamba Ossara : FarmApp est une application mobile. L’éleveur transhumant émet un signal afin que l’on puisse connaître sa position. Le collier du bovin qui reçoit le signal permet de retracer son chemin. L’application dispose aussi d’une plateforme Web. Elle est destinée aux Gouvernements et aux points focaux. Puisque les couloirs des transhumants sont mappés, ces deux récepteurs ont sur leurs ordinateurs une cartographie des points d’eau, des zones de pâturage et des couloirs de transhumance. Cela leur permet de suivre le déplacement des troupeaux. Si un transhumant s’écarte de la piste, ils peuvent directement l’appeler sur son portable pour le ramener sur le chemin tracé. L’application va aider à gérer les troupeaux, les pâturages, et à éviter le surpâturage.

Pourquoi avez-vous créé cette application ?

A O. : Je suis passionné par l’agriculture et par tout ce qui touche à la communication digitale. Pendant mon cursus universitaire, j’ai remarqué que le digital n’était pas très développé. Que vous soyez agronome ou non, c’est pourtant très important. Donc, il faut se mettre à la page. À l’extrême nord du pays, en temps de sécheresse, les populations marchent des kilomètres pour trouver un point d’eau, par ailleurs très souvent souillé par les troupeaux. C’est un gros problème auquel il fallait apporter une solution.

Vous comblez un manque ?

A O. : Selon un rapport publié en 2018 par le Cirad, la transhumance engendre 20 millions de déplacés en Afrique de l’Ouest. Source de tensions, elle est mal perçue par les populations autochtones. Elles considèrent que les bouviers nomades ne leur apportent rien de concret, car leurs terres d’accueil disposent aussi d’éleveurs de troupeaux. Aussi les surfaces cultivables sont-elles souvent endommagées après le passage du bétail. Cela crée des conflits. De plus, les points d’eau et les zones de pâturage se raréfient. Vous trouvez une zone une année, l’année suivante elle n’y est plus. D’où l’idée d’aider à la prévision. Un système servira à baliser les zones de pâturage et les sources d’eau, de manière à ce que les transhumants sachent où ils vont, avant d’arriver dans les zones de transit ou d’accueil.

Comment fonctionne FarmApp?

A O. : Un système basé sur le GPS filme fidèlement une carte. De manière régulière, des drones survoleront les zones afin de cartographier les sources d’eau, les points de pâturage et autres, avant la période des transhumances. Ces données seront convoyées vers les zones de départ pour permettre aux transhumants de se repérer avec exactitude. Pour éviter les conflits dans la sous-région, des couloirs de transhumance seront bien définis. Et ce, afin que les bouviers nomades les suivent et qu’ils évitent des conflits avec les populations locales.

Installez-vous des colliers sur toutes les bêtes?

A O. : Pour un transhumant qui quitte son pays d’origine avec par exemple 1 000 têtes de bœuf, en moyenne 100 bêtes seront équipées de colliers avec des capteurs. Lorsqu’il emprunte le couloir tracé, on repère en temps réel où il va. À chaque point d’eau ou de pâturage, le collier va émettre un signal que les balises recevront. On saura alors qui fait quoi, à quel endroit, et à quelle heure. S’il arrive un conflit dans une zone, il est facile d’identifier le troupeau qui était là à ce moment précis. Il suffit que le transhumant active le GPS au moyen d’une tablette pour qu’on puisse le suivre.

Parfois, les nomades ne parlent pas français...

A O. : Effectivement. C’est pourquoi j’ai pensé à une fonctionnalité d’écoute en langue locale. Si le bouvier nomade quitte le Burkina Faso, par exemple, le temps qu’il arrive à la zone de pâturage, des informations en langue locale lui seront fournies par appel téléphonique toutes les deux heures. Cela permet de faire un point sur la journée ou de savoir s’il a trouvé le point d’eau ou la zone de pâturage.

Quels sont les pays concernés?

A O. : Les pays du Sahel et les pays côtiers, car ils sont concernés par le problème de transhumance.

Avez-vous d’autres projets dans les tuyaux

A O. : Je souhaiterais mettre au point une application basée sur les cris ou sur le comportement des insectes. Il ne s’agira pas de les éliminer mais de perturber leurs activités, pour qu’ils ne se « retrouvent » pas. Eux aussi ont un rôle à jouer dans la nature et dans le monde agricole.

Source : Afrique Agriculture


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