• 12 | 08 | 2020 04:34

Flash Info

Elevage | Covid-19 : Gbossimé, le marché de bétails de Lomé est silencieux

La pandémie de coronavirus plonge ce marché dans une mélancolie sans précédent.

« Le marché est silencieux », nous répond Sinhani Issa, le président du Conseil interprofession des petits ruminants du Togo qui regroupe les éleveurs, les commerçants et les transformateurs. « Avant, les femmes détentrices de restaurant abattaient jusqu’à 20 bêtes par semaine. Mais aujourd’hui avec la crise, ce nombre a considérablement chuté. A peine elles abattent 05 animaux par semaine », ajoute-t-il. « Même les vendeurs de brochettes sont touchés puisque les bars sont fermés », renchérit un commerçant rencontré dans le bureau de Sinhani Issa à Gbossimé. Ces aveux difficilement arrachés nous ont ramenés en arrière quelques minutes plus tôt.

Il est 11 heures 30 minutes  lorsque nous nous sommes rendu au marché de bétails de Lomé. D’ordinaire les vendredis, il y a affluence. Mais ce vendredi 24 avril 2020, premier jour de ramadan, seuls quelques clients débattent des prix des bêtes. Ce constat d’un marché quasi déserté par les clients est bien symbolisé par un dispositif de lavage des mains, esseulé, et situé au niveau des vendeurs de pintades. C’est là que nous avons rencontré Bomboma. Debout et adossé à un poteau du hangar qui abrite ses cages à pintades, il endure la situation. Le vendeur semble avoir même oublié de porter son masque. Nous lui avons rappelé et l’a sorti de sa poche. « Avant la crise sanitaire, je pouvais vendre jusqu’à 20 pintades en une seule journée. Mais avec cette situation que nous traversons il y a des jours que je ne vends même pas. Parfois, c’est juste deux ou trois animaux que je vends », raconte-t-il mélancolique. « Voyez, vous-même », nous montre Bomboma l’une des cages dans lesquelles les bêtes sont agglutinées.  « Les grandes cages peuvent contenir jusqu’à 80 volailles. Les petites, 30 », explique le vendeur de pintades. Toutefois, il précise que les prix de vente des pintades sont toujours maintenus malgré le Covid-19. Ils varient entre 3000 FCFA et 4000 FCFA selon le poids de l’animal.

« Je n’ai jamais vécu une situation pareille », lâche Bomboma visiblement impuissant. L’homme, à la barbe grisonnante, totalise une trentaine d’années dans le métier. « J’ai commencé cette activité à Dapaong (Ndrl, c’est depuis cette ville située à l’extrême nord du Togo que les éleveurs de pintades approvisionnent Gbossimé et d’autres marchés de Lomé) et c’est en 1990 que je me suis installé dans ce marché », nous confie-t-il. « Il (Ndrl, Bomboma) a tout dit. Il n’y a pas d’affluence. Vous faites le constat déjà. Si l’Etat peut nous accompagner, ce serait bien ». Ce sont ces quelques mots que nous avons pu arracher à Bamaté-Kombaté Pampadja, le président des vendeurs de volailles de Gbossimé et qui partage le même hangar que Bomboma. Son sourire forcé cache mal sa frustration. Comme chez les vendeurs de caprins, d’ovins et de bovins qui n’ont pas voulu parler. Tous semblent endurer un silence que leur imposent le coronavirus et son corollaire, la mévente.

Le dispositif de lavage des mains

La crise sanitaire déteint aussi sur les activités connexes à Gbossimé. Les vendeurs de fourrage sont également frappés de plein fouet par les effets de Covid-19. Derrière le bâtiment central, non loin de la mosquée et des étables, les fourrages s’entassent. « Regardez comment ils s’empilent. Ils sont frais mais personne ne s’y intéresseEn période normale, les fourrages sont déjà pris. J’ai même cassé les prix mais ils sont là à me regarder », nous raconte une  vendeuse. Aussi elle nous explique d’une voix à peine audible toute la difficulté liée à l’approvisionnement en fourrage à cause des perturbations dans les transports.

Des tas de fourrage

Le soleil est au zénith lorsque nous quittons le marché de bétails de Lomé. Son chape de plomb en rajoute aux frustrations des commerçants tapis sous les hangars et guettant les clients devenus des denrées rares. Aussi au nombre des désillusions liées au Covid-19, il y a celle de l’interdiction de prier en groupe. Or à Gbossimé, la plupart des commerçants de petits ruminants et de volailles sont de confession musulmane. La mosquée du marché est fermée. Sans doute un ramadan particulier pour eux.

Anani GALLEY


Commentaires