• 12 | 08 | 2020 05:47

Flash Info

Environnement | Galapagos : Le retour tant attendu de la tortue géante Diego

C’est actuellement la plus fameuse des tortues géantes de l’archipel des Galapagos. Diego a sauvé son espèce de l’extinction grâce à son activité de reproducteur depuis près de 90 ans. Ce jeune centenaire va maintenant pouvoir profiter d’une retraite bien méritée sur son île natale.

Diego a retrouvé son île natale d’Española lundi 15 juin dernier sans trop de protocole, juché sur les épaules d’un garde comme un vulgaire sac à dos. L’occasion aurait pourtant mérité un peu plus d’étiquette, mais au rythme de cette tortue de plus de 50 kilos, parcourir les 2,5 km jusqu’à l’endroit où il devait retrouver la liberté aurait pris (beaucoup) trop de temps.

Le ministre de l’Environnement et de l’Eau, Paulo Proaño Andrade, a pourtant salué un moment historique, celui durant lequel une espèce menacée s’est découvert un futur. « Nous fermons un chapitre capital dans la gestion du Parc National Galapagos.  15 tortues de l’île d’Española, dont le fameux Diego, sont de retour chez elles. Diego après s’être reproduit en captivité pendant 87 ans et avoir sauvé son espèce de l’extinction. Je suis sûr que leur île natale les recevra les bras ouverts ».

Au bord de l’extinction

L’espèce Chelonoidis hoodensis de l’île d’Española pourtant revient de loin. Avant même la 2ème guerre mondiale, cette île également connue pour ses albatros était dévastée par les animaux introduits par l’homme, rats, cochons, chèvres, qui s’attaquaient aux nids de tortues et à la végétation dont elles se nourrissaient.

La situation y était tellement compromise que les rares tortues qui y survivaient seront capturées pour être transférées sous des cieux plus cléments. Diego devait avoir une vingtaine d’années lorsqu’il quitta Española pour le zoo de San Diego, en Californie, probablement dans les années 1930. C’est là que le découvre le Parc National Galapagos (PNG) qui le rapatrie en 1976. À l’époque, le parc ne comptait que sur deux mâles pour commencer son programme de reproduction et avait désespérement besoin de trouver d’autres individus pour augmenter la diversité génétique de l’espèce.

« Le programme de reproduction des tortues géantes de l’île d’Española a commencé avec seulement 15 individus, 12 femelles et trois mâles, dont Diego », confirme le directeur du PNG, Danny Rueda. Un chiffre qui n’incitait pas à l’optimisme mais c’était sans compter sur les talents de Diego…« Son comportement dans son enclos a toujours été celui du mâle dominant », explique, Freddy Villalva, le garde qui s’est occupé de lui ces 17 dernières années. « Nous savons que c’est en grande partie grâce à lui que son espèce a été sauvée de l’extinction ».

« Ce programme a permis la naissance de plus de 1 800 tortues et Diego est le père de 40% d’entre elles », se félicite le directeur du parc. « C’est un succès total qui nous permet de compter sur plus de 2000 tortues sur l’île d’Española ». Elevées par les gardes du PNG jusqu’à avoir une taille leur permettant de se défendre seules, les tortues des centres de reproduction ont au fil des rapatriements repris possession de l’île d’Española.

Toutes sauf Diego, condamné à rester dans son enclos de Puerto Ayora pour continuer à fertiliser toutes les femelles qu’on lui présentait. Mais aujourd’hui la situation a changé.

Nous avons « la tranquillité d’avoir sauvé une espèce qui sinon aurait disparu », a précisé le ministre de l’Environnement et de l’eau équatorien qui a remercié tous les partenaires de cette Initiative pour la Restauration des Tortues Géantes, dont Galapagos Conservancy. Les autorités sont d’autant plus optimistes que « nos gardes ont détecté des cas de reproduction naturelle sur l’île », ajoute le directeur du PNG Danny Rueda. Il était donc temps de se passer des bons et loyaux services de Diego et de mettre fin officiellement au programme de reproduction en captivité des tortues géantes d’Española.

Liberté retardée

Retardée de quelques mois pour cause de pandémie de Covid-19, l’opération de rapatriement de Diego et de 14 autres tortues a commencé il y a quelques semaines. Les animaux ont subi une quatorzaine de déparasitage  et leur menu a changé pour éviter l’introduction de graines d’espèces végétales via leurs excréments. Des balises satellites leur ont été fixées.

Apparemment content de quitter son enclos, Diego a été conduit en camionnette et zodiac sur le Guadalupe River, l’un des navires du PNG. Pour le relâcher, les techniciens du parc ont choisi le secteur dit de Las Tunas. Ce plateau situé à 2,5 kilomètres de la plage de la baie Gardner concentre en effet une grande quantité de cactus Opuntia, le principal aliment des tortues géantes d’Española.

Apparemment satisfait de cette liberté retrouvée, Diego s’est vite habitué à son nouvel environnement, se nourrissant de la végétation locale et profitant de l’ombre des arbustes locaux. Sous le regard vigilant des gardes qui étudiaient son comportement, Diego s’est peu à peu éloigné. Il sera suivi par satellite et plus de 40 caméras sensibles au mouvement. Les gardes ont déjà prévu de lui rendre visite dans six mois pour s’assurer de sa bonne adaptation à son île natale, au milieu de sa nombreuse progéniture.

S’il a désormais le droit de jouir d’une retraite bien méritée et d’une vie sexuelle moins intensive, Diego pourrait bien faire des siennes. Après tout, il n’est encore qu’un jeune centenaire...

 Eric Samson (RFI)


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